lundi 26 janvier 2015

Migennes en danger : l'euthanasie anoncée officiellement




Dix intervenants dont le président Patriat et M le Recteur d'académie pour nous annoncer la fermeture du lycée en juin 2016.

Étrange cette façon de venir en troupe pour annoncer une si bonne nouvelle !!!

Comment ? ça n'est pas une bonne nouvelle ? Mais bien sûr que si !

Vous auriez entendu le président de région, que je nommerai désormais Monsieur Le Président tant son égo et sa condescendance nous ont aveuglé, nous expliquer (et bien oui, nous avons besoin d'explications détaillées nous, on n'a pas les moyens intellectuels de réfléchir par nous même :) ) combien cette décision allait soulager et assainir les finances de nos concitoyens et combien cela allait former nos jeunes de s'ouvrir à d'autres horizons quand ils seraient obligés de se déplacer pour aller au lycée de Joigny ou à celui d'Auxerre !

L'argumentaire patriatesque : 

Quand un lycée qui accueillait quelques 450 élèves il y a 10 ans mais dont les formations , pour des raisons qui nous semblent encore aujourd'hui obscures (quoique beaucoup moins du coup ! ) , ont été enlevées, vidées, supprimées, Monsieur Le Président nous argumente "Comment vais-je dire à mes administrés que je vais dépenser leur argent pour 70 élèves ? "

 Petit rappel de l'hémorragie :
  • Une section d'outilleurs et une section de productiques (mécanique générale, tournage, fraisage, montage, etc ...) dont le bassin d'emploi ( important ) est Brienon-Migennes, et pour lesquelles les patrons d'entreprises locales nous demandaient des élèves, AVANT qu'ils n'aient leur BAC, ont été déplacées à Sens. Il a fallut investir de grosses sommes pour financer le matériel nécessaire à la nouvelle installation. Si mes informations sont bonnes, une de ces sections comporte 2 élèves désormais et l'autre se meurt à petit feu. Et hop ! 50 élèves en moins à Migennes et un investissement de l'argent public dont l'efficacité reste douteuse.

  • Une section tertiaire supprimée : on nous a affirmé que les besoins en emploi ne justifiaient plus cette formation quand des piles de demandes d'orientations affirmaient le contraire. Mais qu'à cela ne tienne, l'équipe pédagogique a conçu, de toutes pièces, une formation complémentaire niveau BAC+1 (une FCIL) intitulée "Formation Complémentaire Webmaster". En effet, les PMI et PME du secteur avaient des besoins spécifiques en personnel qualifié pour s'occuper de l'entretien basique de leur petit parc informatique et créer ou entretenir un site web sans avoir les moyens de payer un sous-traitant. Elle nous a été accordée fin mai pour un recrutement se terminant fin juin. Nous avons tout de même accueilli une douzaine d'élèves tous ravis d'avoir cet atout pour trouver du travail. Pour l'année suivante nous avions 24 dossiers d'inscription ....... section fermée sans raison. Et re-hop, 24+24 = 48 élèves en moins à Migennes.
  •  Qu'à cela ne tienne, les collègues de tertiaire ont décidé de se remettre en question, de se re-former et de s'adapter à la demande en créant deux sections plus porteuses d'emploi. Les années suivantes, les sections ont été "allégées". Nous avons donc adapté la seconde afin qu'elle puisse accueillir des élèves dont le projet était encore mal défini : une seconde de détermination expérimentale porteuse de nombreux espoirs ( qui sera prochainement ouverte à Auxerre, d'ailleurs ....). Et re-re-hop, encore 12 élèves de moins.
  • Les sections de 4ème et 3ème technologique ont été supprimées au niveau nationale, mais la population locale d'élèves en grande difficulté étant la même, nous avons ouvert une 3ème préparatoire à l'apprentissage afin, encore, de nous adapter. Et paf une 4ème en moins  : 18 ou 24 élèves en moins !
  • Toujours motivés (et oui, cela semble fou non ?) nous avons monté de toutes pièces une section de pré-apprentis ( DIMA puis CPA puis re-DIMA) pour ne laisser aucun élève sur le carreau, en leur proposant une mise à niveau et un tremplin vers l'apprentissage, afin de leur garantir un succès lors de leur CAP en apprentissage.
  • Et pour essayer d'endiguer cette hémorragie orchestrée, nous avons monté plusieurs projets : conscients qu'une section microtechnique  sans queue ni tête allait voir son recrutement s’affaiblir, nous avons proposé d'accueillir un BTS microtechnique ainsi qu'un CAP correspondant. Cela aurait permis de proposer tout le panel de diplôme de la filière et de diplômer un maximum de jeunes. Ces projets nous ont été refusés.
Résultat des courses : plus que trois classes de tertiaire (70 élèves), trois classes de microtechnique (65 élèves) une troisième (24 élèves), une DIMA (16 élèves) et une classe d'AMS (environ 15 élèves).

SOMME ? 190 vous allez me dire ! Et bien non !!

Si on enlève les 2nde micro (recrutement gelé cette année par les instances suite à l'incendie), les 3èmes ( pourquoi on ne les comptes pas ? Parce que ce sont des collégiens bien sûr !) , les DIMA : on les compte pas non plus, MDR, les AMS : ils ne comptent pas non plus, re-MDR et enfin les deux autres classes de microtechnique  : ben oui, sans secondes, les autres élèves ont beau être là, ils ne comptent plus, re-re-MDR, il ne reste effectivement que 70 élèves.

Il faut avouer que les compétences en mathématiques de Monsieur Le Président sont impressionnantes !

Il faudrait investir quelques 4 millions d'euros pour rétablir le plateau technique, pour si peu d'élèves, on ne peut pas se le permettre, nous dit Monsieur Le Président en substance.

Ah bon ....

 Les collègues de l'industriel, uniques spécialistes de cette section dans toute la Bourgogne, se sont penchés sur le problème : une adaptation des locaux existant ainsi qu'une construction de taille bien plus modeste que les ateliers brûlés ET implantés à un endroit différent sont largement suffisants pour accueillir la formation.
 Ah bon !!!!! Et oui !

Cela fait 10 ans que tous les collègues alertent les instances sur l'état déclinant des ateliers et du risque d'incendie et de sécurité grandissant. Plusieurs projets ont vu le jour, nous avons même vu les panneaux d'annonce de chantier plantés dans la pelouse !!!!! Le budget avait été voté à l'époque !
Ah bon !!!! Et oui !

Il aurait été sûrement moins coûteux de rénover à l'époque que de reconstruire une fois que l'inévitable se soit produit non ?
"Oui, mais c'est un incendie criminel" nous a rétorqué Monsieur Le Président, avant d'enchaîner "ils auraient brûlé de la même manière" .......
Un, il aurait été poli, juste poli, de nous informer que l'incendie était d'origine criminelle.
Deux, brûle-t-on aussi facilement un bâtiment neuf, qu'un bâtiment qui a plus de 50 ans ?
Trois, entre-t-on aussi facilement dans un bâtiment rénové (pénétrabilité, alarmes d'intrusion neuve, etc ....) que dans un vieux ?

ATTENTION tout de même, cet argument n'est pas politique : Monsieur Le Président précise qu'il n'est pas là en tant que politicien...
Ah bon !!!! Et oui !

D'autres arguments nous ont été servis pendant 2 heures, tous aussi intéressants .....
 Allez !!! un petit dernier !!

Il dit en substance : En vous accrochant au Lycée de Migennes, vous favorisez le comportement sédentaire des élèves, il faut leur offrir la chance de pouvoir se déplacer et de découvrir d'autres horizons.

Donc, les élèves originaires de Migennes et alentours doivent prendre le TER ou le bus vers d'autres villes pour apprendre à être mobiles, oui oui oui ..... Mais les élèves de Joigny, de Sens ou d'Auxerre, eux n'en ont pas besoin, c'est évident !!
Ah non ????? Et si !!

Je conclurais cet article rapidement : une fois qu'on a entretenu l'hémorragie et scié les pattes d'un cheval, on peut dire facilement "Il n'est pas raisonnable d'investir autant d'argent pour le remettre sur pieds". Oui c'est vrai, le recrutement à Migennes a été étouffé, les sections ont été saignées, on nous a scié les pattes et on vient nous dire en grande pompes que nous n'y comprenons rien et qu'il est décemment impossible de le maintenir.

Vous venez donc fermer le lycée avec un argumentaire générique maintes fois entendu lors des précédentes fermetures en Bourgogne et ailleurs et vous vous attendez à ce que l'on soit d'accord, à ce que nous n'ayons pas réfléchit sérieusement à la question.
OK . D'accord . Mais nous tenons à le dire clairement : nous ne sommes pas dupes, ni idiots. Et nous nous sentirons toujours, et malgré vous, au service de la population locale, au service de notre pays, au service des élèves.
 
Les "ploucs" du collectif pour la défense du lycée Blaise Pascal.

7 commentaires:

Stéphane Mantoux a dit…

Je suis navré du discours tenu ce matin et du résultat. J'étais là, ce matin, pour un court moment (j'avais cours à 10h), avec quelques collèges du collège Paul Fourrey, tout proche. Pour nous le lycée Blaise Pascal était une des voies de sortie pour nos élèves de collège. Il est regrettable que cet établissement ne survive pas. C'est une erreur à bien des points de vue.

S.M., professeur d'histoire-géographie.

Lycée en danger a dit…

Merci de ton soutien Stéphane et de celui de tes collègues.
Malheureusement, nos décideurs ne sont pas toujours (et c'est un euphémisme )au fait des besoins et efforts des équipes sur le terrain. Pour preuve, la première phrase de Monsieur Le Président : ne vous inquiétez pas pour vos postes, vous serez bien sûr prioritaires !!!!!
On sent tout de suite l'importance de l'avenir des élèves dans ses propos :)

Stéphane Mantoux a dit…

Oui, clairement ici, la logique comptable prime, comme souvent. Pour les responsables politiques, la prise de décision reste confortable. Pour les personnels qui sont sur le terrain, et toutes les personnes directement concernées par la décision, c'est déjà beaucoup moins facile à vivre. Triste réalité, y compris pour les élèves et leurs familles (pour lesquelles les conséquences sont pourtant plus qu'évidentes).

Christophe DANIEL a dit…

J'adore les arguments de M Patriat, 3 à 4 Millions d'€ pour une filière Microtechnique avec peu de demandes et peu de débouchés.

La Franche-Comté veut être le temple de la MICROTECHNIQUE ( http://www.polemicrotechniques.fr ). A Besançon, il existe donc un pôle de compétitivité de la MicroTechnique et en allant pour le site on peut s'apercevoir qu'à à contre courant de la crise, le secteur des microtechniques affiche une très belle vitalité. Un salon existe Micronora, le bilan de 2014 est ici : http://www.micronora.com/bilan-salo... En lisant ces informations, soit M. Patriat n'a pas de bonnes informations sur cette filière (depuis 1 an notre cher Président de Région discute souvent avec Mme MG Dufay pour la fusion avec la Franche-Comté), soit il nous prend pour des imbéciles. Je sais déjà qu'il prend les icaunais du nord pour des gens du gatinais et non de la Bourgogne. Nous sommes en 2014, on nous parle de MOOC ( cours en ligne ouvert et massif ) ou de télé-enseignements. Migennes est à 1h30 de Paris en TER alors que Besançon à 1h59 en TGV, le fait de créer une annexe dans l'Yonne permet d'agrandir le champs d'action de ce pôle MicroTechnique et non de garder un "cluster" localisé à Besançon. En informatique "Cluster" veut dire aussi calcul distribué ( unités autonomes qui sont reliés à l'aide de réseau de communication). Nous sommes ici avec le terme économique (unité urbaine) donc centralisé et non distribué. Une politique du passé fait par des politiques dépassés. A l'époque de l'impression 3D, penser qu'il faut regrouper les élèves dans un même lieu sera bénéfique pour eux, c'est d'être déconnecté de la jeunesse. La jeunesse d'aujourd'hui communique avec Twitter, Facebook, Sms, snapchat, etc... La jeunesse se moque des distances avec tous ces outils à disposition. La jeunesse A BESOIN DE REVER pour réussir dans leur vie future et non d'être assistée.

M. Patriat vous nous dites que 3 ou 4 Millions d'€uros d'investissement pour une filière qui tombe en désuétude, la région Bourgogne ne peut plus payer.

M. Patriat une délégation WiMax avec une résultat net de MOINS 6,5 Millions d'€uros ( chiffre societe.com de NetBourgogne) c'est une gabegie pourtant vous continuer avec nos impôts alors que des solutions moins onéreuses et plus performantes existent.

Cordialement

Stéphane Mantoux a dit…

On peut appuyer là où ça fait mal auprès de F. Patriat ?

http://yonnelautre.fr/spip.php?article8182

Moi c'est tout réfléchi, je sais où j'aurais mis l'argent (sic).

Anonyme a dit…

Bonjour à tous,
Je vous rappel que la pétition est à votre disposition ici http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47317
Merci de soutenir notre action nous comptons sur votre signature.
Elle sera envoyée ou déposée au rectorat et au conseil régional.
Tous ensembles contre cette fermeture, battons nous

Anonyme a dit…

J'ai signé la pétition aujourd'hui.
Faite la circuler, plus il y aura de signature plus elle aura de poids.
http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47317
Je suis très surpris de voir que le maire actuel ne l'a pas encore signée, pourquoi ? il y a de quoi se poser des questions sur ça position réelle !